Deux tonalités, deux mondes.

Avant une pause concernant l’arpentage de lives, mon mois d’avril était riche en concerts programmés depuis un moment ou à la dernière minute. Il y en a deux qui ont retenu mon attention, un que j’ai réellement apprécié et un autre qui était sans énorme attractivité voire passable : Austra à l’Epicerie Moderne et Jain à la Coopérative de Mai. Attention, cet article n’est pas un match opposé, mais des mini-reviews à part entière.

AUSTRA – Epicerie Moderne (Feyzin, 69) – 12/04

Crédit : Marion Hermet

Voir la bande de Katie Stelmanis était un vieux souhait datant de quelques années, et le déplacement sur Feyzin valait vraiment le coup. Leur dernier album, Future Politics, est rempli de bon sens à l’heure où les populismes remontent à la surface du monde. Il est d’ailleurs important de souligner l’importance de s’interroger sur notre monde actuel – et de son sort – en s’imprégnant du pouvoir de la synthpop. En déesse moderne mi-lyrique mi-punk, une des têtes de la queer music canadienne déploie une aura vocale de soprano non loin d’une Florence Welch. Affichant trois albums en une dizaine d’années de carrière, la tournure musicale a réellement pris une ampleur sombre lors des premiers morceaux du set, soit les quatre titres introduisant ce dernier opus, ou plutôt, de cette dystopie actuelle imaginée par Stelmanis et ses compères. Un monde accentué par le lyrisme dramatique, comme si le concert devenait un théâtre engagé vers l’émancipation et la réflexion. Mais bon, le live en lui-même ressemblait également à un best-of : ne connaissant pas Lose It ou Beat And The Pulse – j’étais clairement passée à côté – c’était un petit bonheur de les découvrir, sans oublier le demi-trémoussage du corps – oui oui – sur Painful Like ou Home. Il paraît qu’au delà de l’observation, la pop synthétique d’Austra peut réveiller les morts.

JAIN – Coopérative de Mai (Clermont-Ferrand, 63) – 19/04

Crédit : Marion Hermet

Je ne vais pas plus présenter l’artiste en elle-même – elle est désormais un peu partout alors t’as sûrement entendu.e au moins une fois dans ta vie Makeba ou Come – mais j’étais vraiment curieuse du virage pris dans sa scénographie. Vue une première fois à Europavox l’année dernière, j’avais eu un petit coup de coeur pour elle : son mélange des cultures et son énergie étaient impressionnants, surtout pour une artiste débarquant à peine dans la véritable sphère musicale. Le début du concert était mal parti : j’avais peur que le côté hyper-médiatique avait pris le dessus du domaine artistique et qu’elle se présente comme une simple artiste marketée malgré des signes visuels désormais marquants (sa tenue et des tableaux de scène rappelant Keith Haring ou Marjane Satrapi). Au fur et à mesure que le set avançait, je l’ai malheureusement ressenti de cette façon. C’est peut-être pour une de ces raisons que je n’aime pas forcément aller voir des artistes archi-connus en live. Sauf que, point positif dans tout ça : ce concert était un véritable juke-box vocal et que la dancefloor vibe a réellement pris le dessus. C’est surtout l’ambiance en elle-même qui a sauvé les meubles d’une soirée qui m’a convaincue à moitié. Jain est une véritable showhuman menant sa baguette pour mettre l’audience en sueur puissance mile. C’était gratifiant d’entendre Dynabeat ou Lil Mama en claquant des doigts ou en sautillant comme si sa vie en dépendait.

Le féminisme en trois podcasts.

Aujourd’hui, c’est la Journée Internationale de la Lutte des Droits des Femmes. En ces temps troubles, entre la remise en question de l’avortement à travers le monde (Pologne, USA, voire la France et autres…) ou les inégalités multi-sociétales femmes/hommes, on n’a plus que jamais besoin du féminisme, contrairement à certain-es qui s’amusent à le rendre « accessoire » comme un simple phénomène de mode : les récentes unes de la presse féminine – Elle, Glamour – ou de l’édito de Glamour (bien stéréotypé d’ailleurs) – voir le tweet de Florence Pelissier ci-dessous – en témoignent.

Non, le féminisme n’est pas « pop » et « léger », il est fort, engagé et multiculturel. On évite de lire ces papiers qui le décrédibilisent, d’accepter les offres commerciales spécialement montées pour ce jour-là. Voici trois podcasts, gratuits, autour du féminisme, que ça soit dans l’histoire, la musique ou la société, avec des figures modernes ou contemporaines, à écouter et à partager.

A l’occasion des Women’s March en janvier dernier, France Culture s’était intéressée aux voix du féminisme, à travers discours et archives. Simone de Beauvoir, Michelle Obama, Christiane Taubira ou Benoîte Groult : toutes ont marquées un morceau de l’Histoire.

Encore chez France Culture, qui consacrait en août dernier une série de documentaires produites par Charlotte Bienaimé et réalisées par Annabelle Brouard, autour des nouvelles voies du féminisme. L’IVG, les violences, le féminisme post-colonial… Ces podcasts – longs mais hyper intéressants – sont de bonnes ressources pour se constituer une culture féministe et à comprendre les enjeux importants des combats menés depuis des décennies.

L’industrie de la musique étant encore trop masculinisé, sexiste et misogyne, la musicienne et interprète britannique Laura Marling a enregistré l’année dernière une série de dix podcasts, Reversal Of The Muse. Donnant la parole à différentes actrices du monde musical, qu’elles soient productrices, musiciennes, compositrices, songwriteuses ou ingénieuses du son : Marika Hackman, Dolly Parton, Karen Elson, les soeurs Haim ou Catherine Marks, ces dernières évoquent la créativité musicale au féminin et la place des femmes dans l’art.

« kitsch oldies but goodies ».

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Tout est dans le titre. Une playlist qui sent bon le bon vieux CD estampillé Dance Machine, peut-être bien rayé à force de l’écouter 43246 fois dans la voiture ou sur son lecteur CD/sa chaîne-hifi. Des titres joués plus ou moins à la radio, nichés entre Madonna et un groupe dont vous ne souvenez plus de leur existence. Ou alors, vous étiez bien trop jeunes pour vous rappeler d’unetelle chanson, trop occupé à résumer son monde à un berceau et des peluches. Glisse une diabolo grenadine dans ton verre ou ta gourde, mets ton casque et (re)plonge-toi dans les 90’s/tout début des 00’s, avec des traces de régressif, de boys band, d’eurodance kitsch, de rap/électro qui te feront du bien.

Des légumes et de l’art.

Capture de son site off (je n'avais pas très envie de lui piquer une illustration sans son autorisation...)
Capture de son site off (je n’avais pas très envie de lui piquer une illustration sans son autorisation…)
Aujourd’hui, je m’intéresse aux illustrations rétro et gustatives de Martha Anne ! Dessinatrice britannique, ses tableaux de légumes ou de pâtes me rappelle les fameuses présentations d’aliments – pour voir de quoi je parle, c’est ici ! – trônant dans certaines cuisines. Elle ne fait pas seulement des dessins de bouffe, mais aussi des chats trop mignons, d’adorables personnages variés et des cartes de voeux à tomber !

Pour en savoir plus sur son univers, go visiter son site off et son Etsy !

Safia aka the queen.

« Wouah fait froid c’est un temps à se foutre sous la couette avec son pyjama doudou, du chocolat chaud/thé fumant (barre la mention inutile) et un binge watching sur Netflix… » voilà le discours lambda de certain.e.s que tu as déjà commencé à entendre et qui va durer jusqu’au printemps. Puis y’a un album texture coton, ceux qui t’accompagnera pendant les prochaines semaines dans les révisions/balades/autre activité (barre UNE FOIS ENCORE la mention inutile !). Cet album, qui ouvre mon mini calendrier de l’Avent, c’est Reprises Vol. 1 de Safia Nolin.

bandcamp.com
bandcamp.com

Ok je l’avoue, son premier album sorti l’année dernière est un véritable baume au coeur et s’accorde à tous les temps, toutes les envies – si jamais tu n’as écouté Limoilou, je te conseille d’aller réparer ça tout de suite. Il y a quelques jours, Safia a publié un disque surprise composé de huit reprises de classiques québécois. Dessus, elle reprend merveilleusement bien Céline Dion, Marie Carmen – avec Marie Carmen herself en feat c’est tellement classe – ou Julie Masse. Comme par hasard, l’opus se conclut par une chanson taillée pour la période festive – Le sentier de neige – qui ferait presque passer l’orignale pour ringarde.

Pour l’écouter/l’acheter/l’offrir – physique ou digital – c’est par ici !

Victoria chez les extraterrestres.

Aujourd’hui, je vais parler séries. Non non, la section ‘séries » que tu vois en haut de ton écran ce n’est pas seulement pour faire joli, mais c’est également l’occasion de présenter quelques séries regardées récemment, plus ou moins connues. Etant donné que je ne suis pas une grande accro du genre, je me pousse cependant à en visionner quelques-unes dès que j’ai un peu de temps libre. Et comme le titre l’indique – ou presque ! – je vais évoquer deux séries dont tu en as sûrement entendu parler ces dernières semaines : Stranger Things et Victoria.

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Difficile de ne pas être passé devant ce phénomène estival qu’est d’autre que Stranger Things. Si ça se trouve, t’as même adopté l’une des tenues emblématiques d’Eleven – interprétée par Millie Bobby Brown, aka l’une des mes révélations de 2016 – pour Halloween : je ne dirais pas ce que c’est, ça relèverait du spolier ! En gros le pitch de cette série, c’est un gamin qui disparaît soudainement en pleine nuit. On y découvre que cette affaire, gérée par le FBI et la police notamment, ne va pas toucher seulement Will – le jeune ado en question – mais va s’attaquer à quelques autres têtes innocentes. Ce qui est super intéressant, c’est le réseau physique impressionnant rien que dans ce petit village tranquille d’Indiana : y’a un gros bout de Twin Peaks dans les inspirations des frères Duffer. C’est déjà un premier bon point. La première saison est certes courte – 8 épisodes –  et même s’il y a des moments creux dans certains épisodes – notamment au milieu – elle vaut vraiment le détour et on s’attache assez vite aux personnes. L’immortelle – oui ! – Winona Ryder campe un rôle psychologiquement dur – la mère de Will – avec une presta assez incroyable. Le bonus, c’est la playlist (c’est ici) qui te replonge dans l’ambiance de la série – et directement en 1983 – afin de combler le manque jusqu’à la seconde saison prévue pour 2017 !

digitalspy.com
digitalspy.com

Comme dirait le fameux Doctor, allons prendre le TARDIS et partons en Angleterre en 1837. La nouvelle série de la chaîne anglaise – ça alors ! – ITV évoque le début du règne de la reine Victoria où Jenna Coleman – seconde référence à Doctor Who, again – incarne cette figure historique hautement fascinante. Comme pour Stranger Things, la première saison contient 8 épisodes, mais cela suffit à couvrir des premiers moments d’Alexandrina Victoria – avant de raccourcir son nom lorsqu’elle prendra ses fonctions royales – en tant que reine à la naissance de son premier enfant. Finalement, même réaction que la première série présentée : j’ai bien aimé l’ensemble, aussi bien pour les acteurs que la période traitée avec une grande précision et un esthétisme plaisant. Ca fait grave plaisir de voir une des ses actrices préférées tenir un premier rôle qui lui convient bien, tout en prenant compte des rebondissements présents dans l’épopée. En effet, les premières années de la reine n’ont pas été de tout repos avec les scandales déclarés – dès le premier épisode ! – et son ambition royale foisonnante. Mais si tu veux en connaître plus sur la vie de Victoria, fonce la regarder. Au passage, elle aura également sa seconde saison – avec un épisode de Noel – l’année prochaine.

Oser percer le mystère.

Alors, il est comment le nouvel album de cette belle bande phénoménale ? 

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Artwork de « Mystère » – en.wikipedia.com

La question qui arrive est digne d’une énigme : « Alors quand on a placé la barre haute une première fois, comment fait-on pour passer d’un cran supérieur ? ». Tu sais bien, l’étape du second album est cruciale, et encore plus si le premier a bien marché. Prendre des risques ou garder la même recette, telle est la solution. Je te l’annonce dès d’entrée : le nouvel album de La Femme n’a vraiment rien à voir avec le premier.

2013. La formation parisienne aux origines biarrotes dégaine Psycho Tropical Berlin, alors que la scène française connaît un véritable renouveau – qui se souvient de Glory Box animé par Nico Prat sur feu-Le Mouv’, présentant toute cette nouvelle génération ?. Parmi les Granville, The Betwitched Hands ou Juveniles, peu de ces têtes auront mis définitivement le grappin sur le grand public. Ce club des six – variable – proposent un mélange new wave, surf music et côté 60’s décadent, séduisant de nombreuses oreilles. Une Victoire de la Musique, un album bien accueilli et une tournée sillonnant les quatre coins de la planète plus tard, La Femme revient avec l’attendu Mystère. Ce dernier confirme bien la place du groupe sur l’échiquier de la french pop : ils finiront un jour par remplir un Bercy  – ils ouvrent pour les Red Hot Chili Peppers en octobre dans cette même salle, c’est un bon début – et squatteront le trône tôt ou tard avec Christine and The Queens.

En tout cas, la bande menée par Sacha et Marlon, têtes pensantes de ce beau bordel, va devenir incontournable. Sphynx, hymne électro langoureux et majestueux qui ouvre cet album, s’annonce déjà comme un futur classique de leur répertoire. « Danser sous acide et se sentir comme une plume qui vole, qui vole au gré du vent » interprète la douce Clémence, la voix principale. Une évolution qui s’entend principalement, troquant la surf music pour la folk médiévale ou les influences orientales. Aucune ligne directrice n’est donnée, chaque titre correspond à un univers différent. J’adore Où va le monde ?, petite ritournelle au texte intemporel et à sa vibe proche d’une track du Velvet Underground croisant le chemin d’Ennio Morricone. Sans compter son clip tellement DIY comme s’ils avaient tourné un extrait d’Hélène et Les Garçons, avec le fun en plus.

Même si les tubes sont plus difficiles à déceler que le premier – rappelles-tu de Sur La Planche, Nous Etions DeuxAntitaxi ? – il y a tout de même de sacrés sauteries. La comptine 60’s Septembre, évoque la rentrée avant d’enchaîner sur la place de l’individu dans la société, un sujet pas mal intéressant et même un poil philosophique. Ça parle également de déception amoureuse, à la manière de l’exotique et succulent Elle ne t’aime pas. Je pourrais pousser de petits cris d’excitation tellement que je suis amoureuse de ce titre. Mes autres coups de coeur ? Le rap exquis de Clémence dans Exorciseur, les futurs tubes Al Warda et Psyzook – mon dieu la voix de Battista Acquaviva ! –  Le Vide Est Ton Nouveau Prénom, du folk ancien bien doux ainsi que les sombres et dansantes Tatiana et SSD.

 

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Même si Mystère nécessite plusieurs écoutes – certains morceaux comme Tueur de Fleurs et Le Chemin restent à approfondir – les 75 min passent tout de même d’une traite. Ca sent bon les seventies, les berceuses barrées, une B.O. que même Tarantino aurait accueilli les bras ouverts. Et moi, passionnée de ce groupe, je ressors de cette écoute, heureuse tout en songeant à leur prochain concert que j’assisterai. Paraît que La Femme donne encore plus de plaisir, en plus d’être mon groupe français préféré.

Merci à Barclay et à Marie et Lise pour l’envoi du disque !